A Fleur De Peau

Vendredi.
Nous voici dans les derniers instants de septembre...
Les feuilles des arbres, un peu fatiguées par les sautes d'humeur de cet été si capricieux, commencent à se teinter de rouge et de doré.
L'automne est bien là Messieurs Dames, mais aujourd'hui la météo est joyeuse et le soleil réchauffe encore la peau et les cœurs.
J'ai rendez-vous au pied d'un vieux chêne, tout en haut d'une colline dans une campagne que je connais bien puisque d'ici je vois même ma jaune maison...
Ma rencontre d'aujourd'hui a décidé de rester anonyme.
Ne cherchez pas de ressemblances puisque tous les prénoms et les lieux de son histoire ont été modifiés. 😊

Elle a choisi de s'appeler "Fleur", c'est comme cela qu'on l'avait surnommée autrefois.
Je trouve ça joli.
Bref le temps de déplier ma nappe beige à petit pois blancs au pied du vieux chêne, sortir mon petit cahier de papier vieilli et inspirer la douce odeur des champs fraîchement labourés, me voilà prête à vous raconter son histoire!

Elle est née un jour de mars 1966 dans la banlieue parisienne.
Ses parents étaient arrivés de Bretagne un mois seulement avant sa naissance.
Un accouchement très rapide d'ailleurs, Fleur semblait très contente et surtout très pressée de découvrir le Monde.
Ses parents, Annie et Ferdinand, avaient déjà deux enfants.
L'aîné, François avait le lourd statut de miraculé suite à sa victoire contre une saleté de méningite qui le frappa alors qu'il n'avait qu'un mois à peine.
Ce fut le premier enfant de l'époque à survivre de cette maladie et sans aucunes séquelles!
L'histoire de dira pas si ce fut grâce aux multiples prières de ses parents à la cathédrale de Lourdes ou bien par la sainte science médicale des médecins qui s'affairaient autour de lui...
Il y eu également quelques mois plus tard la naissance de Bénédicte.
Fleur me dit qu'elle n'était pas une enfant désirée, un vilain petit canard, rebelle et bien trop différente du reste de la famille.
Annie travaillait dans les assurances à Paris avant d'être mère au foyer tandis que Ferdinand était boucher.

Ils c'étaient rencontrés dans un bal.
Rien de bien original me direz-vous? Et bien figurez-vous que ce soir-là, la pauvre Annie fit une crise d'appendicite, le jeune Ferdinand demande de ses nouvelles et HOP!
Un mariage (surtout pour s'émanciper à l'époque) et trois enfants plus tard le couple se retrouve malheureusement assez souvent séparé.
En effet, Ferdinand orphelin depuis ses deux ans a grand besoin de voyager.
Il aurait bien emmené sa petite famille avec lui mais Emilien, le père d'Annie, en avait décidé autrement.
Emilien c'est un homme très intelligent mais malheureusement alcoolique.
Mais vous savez cet homme-là il n'avait pas l'alcool mauvais, non, il n'embêtait personne.
Il tenait un commerce mais sa générosité débordante eu raison de ses finances.
Et dès qu'il s'agissait de sa fille il n'était pas très commode le fameux Emilien...
Alors avec sa femme Hélène, la grand-mère de Fleur, ils partirent rejoindre leur fille à Paris.
Hélène s'occupait des petits-enfants.
C'était une fille de pêcheur au caractère gentil et aimant.

Fleur avait cinq ans lorsque tout ce petit monde décide de rentrer en Bretagne, Ferdinand son père tombe très malade...
C'est sa première année d'école et elle a déjà son premier amoureux: Nicolas.
Une jolie histoire de gosses, toute simple mais si forte.
De celle où le moindre bisous se traduit en une romance passionnante et passionnée.
Quelques années plus tard ses parents rachètent un bar-restaurant "Le fushia" où ils se tueront à la tâche pendant quatre ans.
Ils tombent gravement malades...
Fleurs, François et Bénédicte partent vivre chez les grands-parents.
Le commerce est revendu, mais finalement Annie et Ferdinand s'en sortent et retapent un snack en ruine près du lycée de François.
Les enfants sont obligés de travailler avec leurs parents pour faire tourner l'affaire.
C'est une époque où il est normal que les enfants travaillent pour mériter leurs pains.
Bénédicte partira rapidement faire sa vie loin de la maison...
François quittera le nid lui aussi pour faire ambulancier dans l'est de la France, ne supportant plus l'exigence de son père.
Fleur épaula encore quelques temps ses parents jusqu'à ce que le commerce s'essouffle assez pour pouvoir s'en libérer.

Elle a 23 ans lorsqu'elle apprend que son grand-père Emilien est atteint d'un cancer du poumon.
Son état se dégrade vite, probablement le manque d'alcool qui n'arrange rien...
Un jour il demande à la voir.
Fleur me raconte que ce jour-là son grand-père, "Pépé", sera d'une lucidité incroyable.
Il la prend dans ses bras, et lui dit "c'est toi qui a raison, continue d'être ce que tu es, je crois en toi. J'aurais aimé ne pas boire tu sais, mais ça calmait mes angoisses...pardon".
Il décèdera le soir même.
Ses paroles, Fleur y repensera souvent au cours de sa vie, c'est même ces mots-là qui lui donne toujours la force de surmonter les épreuves. L'espoir.
Elle est curieuse du Monde Fleur, elle a essayé plusieurs professions : animatrice dans les colos, accompagnatrices d'enfants sourds, organisatrice au Club Med, infirmière...
Elle est de celles qui, certain matin, se lèvent en disant "je fais mon sac et je pars vivre ailleurs. Maintenant. Tout de suite".
De celles qui aiment l'aventure et qui rencontrent des gens beaux et écorchés par la vie.
C'est aussi une femme d'amour, qui se souviendra toujours de son amour d'école, Nicolas.
Dans le fond de ses yeux bleus ont peut apercevoir l'ombre des hommes qu'elle a aimé.
Des relations fusionnelles...

Il y a Adrien, celui qu'elle rencontra à l'âge de 26 ans au fin fond d'une minuscule librairie et qu'elle recroisera toute sa vie, peu importe le temps, peu importe le pays.
Avec lui elle n'avait pas besoin de parler, comme s'ils étaient fait "de la même étoile"...
Et puis quelques années plus tard, elle rencontra Julien le futur père de ses deux grands garçons.
Un rugbyman qui l'a faisait tellement rire...
Ils se marièrent comme ça, un peu sur un coup de tête.
Hélène sa grand-mère adorée décèdera d'un AVC avant d'avoir pu connaître son premier enfant.
Deux beaux jeunes hommes naîtront de cette union Jules et Nicolas (et oui comme son premier amour...).
Mais trop de jalousie et de colère plombent  ce couple à bout de souffle.
Divorcée, elle mène de front sa vie compliquée entre nouveau parcours professionnel et vie de mère célibataire.
Une période extrêmement difficile...

Fleurs a toujours fait confiance en la vie.
Elle sait qu'il y a toujours de l'espoir quelque part.
Elle écoute les signes, les petits papillons qui volent, les mains tendues.
Et un beau jour le soleil revint et une banale histoire de chaton égaré lui fit rencontrer son compagnon actuel: Abder.
Abder c'est un gentil. Il vit de l'autre côté de la rue mais sait se faire oublier.
Il l'a séduite un soir de solitude, un soir où il avait le cœur à fleur de peau et les yeux remplis de détresse.
Cela fait un an déjà, c'est pas facile tous les jours c'est vrai, mais c'est un peu ça l'amour non?
Il faut faire confiance, souffrir parfois, pardonner et se laisser porter.
Quand elle me parle de lui, elle me dit que c'est comme si elle avait retrouvé quelqu'un d'une vie passée, une vie antérieure.
Elle l'aime beaucoup je crois, plus qu'elle ne le pense.
Assise au pied du vieux chêne, avec ce soleil qui éclaire ses cheveux roux, elle me fait penser à ces femmes toutes fragiles qui rougissent quand les hommes leur parlent mais qui ont en elles la force incroyable de surmonter les plus hautes montagnes du Monde...
Elle parlerait des heures Fleur, et c'est normal parce qu'il me semble qu'elle a vécu mille vies.

Quand je lui pose mes fameuses questions de fin de portrait elle me dit en regardant l'horizon :
"Ma plus belle rencontre c'est Abder c'est sûr, parce qu'il me fait réfléchir sur moi-même, il est gentil avec moi. Il est là sans être là, c'est quelqu'un que je n'oublierai pas... je suis pas toujours tendre avec lui finalement, je m'en rends compte tu vois."
Et puis elle me fait rire lorsque je lui demande où elle se voit dans 10 ans :
"Je ferais le tour du Monde en camping-car!"
Et quand elle me parle du Monde j'ai l'impression étrange que la Terre n'est qu'un terrain de jeu à peine plus grand qu'un jardin, car elle est si curieuse ! Elle voudrait tout voir, tout connaître cette Fleur... et elle a bien raison.
Je me dis qu'elle tient peut-être ça de son père, lui qui aimait voyager pour s'aérer l'esprit et le cœur.

Enfin l'heure tourne et il est temps de replier ma nappe beige à petit pois blancs.
Avant de partir je prends une dernière fois le temps de regarder ce qui se joue devant nous, du haut de notre colline, ce ciel qui laisse partir ce soleil d'automne dans une belle couverture rose oranger.
Comme si demain tout était possible, comme si demain lorsque ce soleil sera de retour la vie sera encore plus belle et que nos soucis n'existeront plus.

Croyez en l'espoir Mesdames Messieurs, car même la plus grise des vies peut devenir un ciel rose magnifique dans les yeux d'une jolie fleur...
Aimez, gens de passage, aimez.

"Désormais nous avons une raison de vivre: apprendre, découvrir et être libres."
Jonathan Livingston_Le Goéland
Richard Bach












Commentaires

  1. Les souvenirs, la famille, les hauts, les bas, l'amour... La vie quoi !!!! <3
    Que "Fleur" fasse toujours résonner les mots de "Pépé" en elle...

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire

Articles les plus consultés