La Thérapie Du Bigoudi

Une semaine littéralement épuisante. Me voilà ENFIN de repos.
En ce jeudi de fin de mois d'août rien de tel qu'une bonne virée en ville pour s'aérer un peu!
Le temps est d'un gris déprimant... que faire?
Et si j'allais chez le coiffeur!
Non pas que ma crinière me dérange mais il est vrai que j'aurais bien besoin d'un petit coup de ciseaux 😊
Mon coiffeur habituel étant plein à craquer je décide de tenter l'aventure ailleurs...
Après une errance automobile de quelques minutes me voilà devant un petit salon arborant une grande étoile sur sa porte, bien évidement il n'en fallait pas plus pour me séduire 😉

Sac à main sur l'épaule, portable à la main et lacets de chaussures bien noués, je pousse la porte d'entrée.
Neuf têtes se tournent vers moi avec une synchronisation parfaitement accomplie !
Autant vous dire que sur le coup je ne fait pas ma maline.
Evidemment toutes des femmes, je me fait donc balayer de la tête aux chaussures...
Je ressemble à un pauvre chiot mal coiffé, pas maquillé et sans vernis et sans talons.
Baskets aux pieds, jeans, t-shirt gris et une queue de cheval mal centrée.
Voilà Messieurs Dames le bilan de ma dégaine du jour!
Bref, vous l'avez compris c'est pas aujourd'hui qu'on va me décerner le grand prix de Miss Aquitaine!
Je murmure un petit "bonjour" tout timide et essais désespérément de me concentrer sur ce que je vais bien pouvoir dire à la coiffeuse.
Malheureusement voilà que mon pauvre cerveau est complétement court-circuité par la musique reggaeton qui me hurle à pleins poumons dans les oreilles!
Autant vous dire que c'est plus un salon de coiffure ici, c'est le festival latino du jeudi matin!
Il y a trois jolies coiffeuses, toutes avec un style différent.
L'une d'entre elles vient me saluer et me demande ce dont j'ai besoin.
Je crois que ma réponse est un remix de "coupe-couleur-mèches", ce qui en réalité donne un passable "coupleursèches"...
Voilà, voilà.

Je m'installe sur un siège à roulettes entre une dame à la crinière orange et une demoiselle en baskets (comme moi!).
Cette dernière me sourit avec compréhension.
Apparemment elle aussi n'a pas eu le courage de se mettre sur son 31 ce matin...
J'attends sagement mon tour en essayant de me fondre dans le paysage, visiblement très coloré!
Malgré le fourmillement autour de moi je me rends compte que j'aime beaucoup cet endroit.
Il y a ici une ambiance populaire, conviviale et vivante.
Les mamans viennent se détendre avec leurs filles, les clientes se racontent leurs mésaventures de la semaines sans retenue.
Les gens sont à l'aise ici, ils sont bien, ils sont heureux.
Il y a du rose pâle sur les murs, du blanc, du vert pastel, de la vie.
Ce salon me fait penser aux films espagnols où toutes les femmes du quartier se retrouvent pour parler des choses du quotidien dans un brouhaha sans nom et où les éclats de rire s'entendent jusqu'au bout de la rue.
La patronne connaît toutes les chansons latino par cœur mais ne chante que les fins de phrases, ce qui me fait beaucoup rire!
Je me détends et je profite de ce spectacle à la Woody Allen.

La porte s'ouvre avec fracas et je me surprends à exécuter moi aussi une parfaite synchronisation de tête avec les autres de la bande.
Une maman et ses deux enfants rentrent dans le salon.
Visiblement elle a tout le mal du monde a canaliser les deux canailles!
La petite fille a des yeux de chipie et n'a pas l'air d'avoir la langue dans sa poche.
Le garçon lui, à peine plus âgé, rigole de chacune de ses bêtises.
Leur pauvre mère semble déjà épuisée par le peu de matinée qu'elle vient de vivre!
Elle explique à la jeune coiffeuse qu'elle souhaite une coupe pour les enfants avant la rentrée des classes.
Evidemment, les minis dragons font la grimace.
Ils s'assoient tout les trois prés de mon siège, je rigole déjà de leurs grandes phrases d'enfants et de leurs chamailleries.
Leur mère me fait de la peine avec ses yeux fatigués et son moral à zéro.
Je fouine discrètement dans mon sac et y trouve (comme prévu) deux sucettes au coca.
je lui tends gentiment mon trésor avec mon fameux sourire qui veut clairement dire "Tiens ma grande, le voilà ton moyen de pression".
Elle ne met pas deux heures à comprendre et me remercie chaleureusement!
Les petites canailles la regardent comme le Saint Graal.
Maman dragon reprend du poil de la bête et leur lance en les pointant du bout de la sucette : "Tenez-vous à carreaux sinon je les garde pour moi compris?!".
Effet immédiat.
Et c'est ainsi que le calme est donc revenu au salon reggaeton.

J'étais d'ailleurs en train de m'émerveiller sur leur intérêt profond et silencieux sur le livre des Schtroumpfs lorsque la seconde coiffeuse annonça mon tour.
Comme je vous le disais tout à l'heure, ici il y a trois coiffeuses.
La première, celle qui m'a accueillie, est je pense la plus jeune.
Toute fine, assez grande, habillée tout en noir.
Elle conserve néanmoins une petite touche de fantaisie grâce à un piercing sous la lèvre et une belle chevelure bordeaux ondulée qui lui va très bien.
Il me semble comprendre qu'elle détient le talent non négligeable de sentir l'odeur d'une frite à plus d'un kilomètre.
Il y a en suite la Patronne, celle qui ne chante que les fins de phrases.
Très colorée et pétillante avec ses cheveux méchés et son poncho à étoiles rose transparent.
Elle a beaucoup de tatouages et elle rigole tout le temps.
Elle est bienveillante aussi car sans s'en rendre compte, elle pose sa main sur mon épaule à chaque fois qu'elle passe derrière moi.
Et puis il y a Charlotte.
Charlotte c'est celle qui va me refaire le portrait pendant que j'écris le sien.
Elle est gentille, ça se voit de suite.
Elle a les cheveux courts, un peu rock'n roll, les lèvres rouges et le ciel bleu dans les yeux.
Je lui dis que sa mission principale du jour sera de m'arranger ma pauvre frange de deux kilomètres cinq cents.
Cela la fait rire.
Elle m'enfile un MAGNIFIQUE peignoir vert turquoise satiné qui, malgré tous ses efforts, n'arrivera pas à effacer la fatigue sous mes yeux.

Alors voilà, c'est parti!
Le bal des feuilles de papier alu, les crèmes bizarres sur les cheveux qui pourtant sentent toujours bon, les discussions de concierges qu'on adore toutes et la presse people qui nous raconte que Pierre est fâché avec Paul parce que Jacques a embrassé Martine.
Parce que c'est ça la Thérapie du Bigoudi.
Rire aux éclats sans complexes parce qu'on ressemble à un saumon papillote avec nos têtes remplies d'aluminium!
Se sentir belle même sans maquillage et oublier nos tracas et nos soucis en médisant comme des mamies de 70 ans!
C'est ça le remède des femmes contre le moral à zéro, les malheurs passagers et le stress des exam.
Et si vous saviez comme ça fait du bien...
Charlotte me conseille les mèches blondes.
Les petits dragons se dévergondent à tribord et se chamaillent au bassin de shampooinage.
Apparemment la petite sœur adore mordre son frère et répondre à la maîtresse.
Dans quatre jours elle rentrera en grande section et lui en CE1.
Devant tant d'agitation leur mère ne sait plus où se mettre...
Heureusement le trio de coiffeuses mène la danse et ne se laisse pas avoir par leurs belles frimousses 😊
 Pas sûr que les sucettes au coca arrivent à destination...
Voilà que Charlotte me place sous une machine à cosmonaute censée activer la maturité des mèches blondes, je ne suis pas très rassurée!
Et j'écris, et j'aime ça.
J'entends les histoires, les rires, les plaintes.
Les salons de coiffure c'est la vie Messieurs Dames.
Ici pas de classes sociales, pas de différences.
On a toutes une tête affreuse avec des bigoudis plein le crâne!
Les mamies mise-en-plis discutent avec les adolescentes décolorées.
C'est ici que les belles histoires finissent par être racontées voyez-vous.
Avant de franchir la porte moi aussi pour revenir à la réalité j'entends une dernière histoire qui me fait encore beaucoup rire, celle de la Patronne qui ne peut sortir sans vernis aux pieds même dans ses chaussettes d'hiver.

La thérapie du Bigoudi, c'est cela et rien d'autre.
Des gens formidables, des rires qui vous sèchent vos malheurs le temps d'une cuisson papillote.
Alors riez Mesdames, riez.
Car moi quand je vous entends et vous regarde,
je sais que le Monde est bien vivant et que la Vie est belle... ❤

"Aux Tchipeuses et leur joie de vivre,
La fille aux cheveux bouclés mais qui ne l'a jamais su"




Commentaires

  1. Je reconnais bien là l'ambiance des salons, tous autant qu'ils soient. Continue à te régaler, nous on te lit. Bravo ma p'tite nenette.

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